Économie — Conjoncture
Inflation en France 2025 : entre accalmie statistique et tensions persistantes sur les budgets des ménages
Le taux d'inflation annuel français s'établit à 2,8 % en juin 2025 selon l'indice des prix à la consommation de l'INSEE. Un chiffre en retrait par rapport aux sommets de 2022-2023, mais qui masque des disparités sectorielles et sociales considérables.
Un marché de plein air dans le centre-ville de Lyon. La hausse des prix alimentaires reste une préoccupation majeure des ménages français. © Gorlen
Le contexte macroéconomique de juin 2025
Après avoir atteint 6,2 % en février 2023 — son niveau le plus élevé depuis la crise pétrolière de 1980 — l'inflation française s'est progressivement ralentie. En juin 2025, le taux annuel ressort à 2,8 % selon les données provisoires de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), soit un rythme proche de la cible de 2 % de la Banque centrale européenne, mais encore significativement supérieur à la moyenne de la décennie 2012-2022 (1,1 % par an).
Cette désinflation — terme technique désignant un ralentissement de la hausse des prix, et non une baisse — a été rendue possible par plusieurs facteurs convergents : la normalisation progressive des chaînes d'approvisionnement mondiales perturbées par la pandémie de Covid-19, la modération des cours de l'énergie sur les marchés internationaux après les pic de 2022, et la politique monétaire restrictive conduite par la BCE entre juillet 2022 et septembre 2024.
Chiffres clés — Inflation France (juin 2025)
Source : INSEE, indice des prix à la consommation, données provisoires juin 2025.
Les secteurs encore sous tension
Si l'inflation d'ensemble marque le pas, certains secteurs restent marqués par des hausses de prix nettement supérieures à la moyenne. L'alimentation affiche une progression annuelle de 4,1 % en juin 2025, portée notamment par les produits frais (+6,3 %) et les produits laitiers (+5,1 %). Les services connaissent une inflation de 3,6 %, soutenue par les loyers (+3,2 % sur un an), les soins médicaux (+4,5 %) et la restauration (+4,8 %).
À l'inverse, l'énergie contribue négativement à l'indice d'ensemble (−1,2 %), sous l'effet de la baisse des prix du gaz naturel et d'un effet de base favorable lié aux niveaux exceptionnellement élevés de l'hiver 2022-2023. Les produits manufacturés affichent quant à eux une hausse modérée de 1,3 %.
L'impact différencié sur les ménages selon le revenu
L'une des caractéristiques de l'épisode inflationniste français est son caractère profondément inégalitaire. Des travaux de l'Institut des politiques publiques (IPP) publiés en avril 2025 montrent que les ménages du premier quintile de revenus (les 20 % les plus modestes) ont subi une inflation effective de 3,9 % sur les douze derniers mois, contre 2,4 % pour les ménages du cinquième quintile (les 20 % les plus aisés).
Cette divergence s'explique par la structure de consommation des différents groupes sociaux : les ménages à revenus modestes consacrent une part bien plus importante de leur budget à l'alimentation et à l'énergie — deux postes à forte inflation — tandis que les ménages aisés ont une part plus grande des dépenses consacrée aux loisirs, aux services financiers et aux voyages, dont les prix ont évolué plus modérément.
"La désinflation statistique ne doit pas occulter le fait que pour les ménages modestes, le niveau général des prix reste 15 à 18 % plus élevé qu'en 2021. Le pouvoir d'achat ne s'est pas restauré, il a seulement cessé de se dégrader aussi rapidement."— Céline Antonin, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques)
Les réponses des politiques publiques
Face à la crise inflationniste, les pouvoirs publics ont déployé plusieurs types de mesures entre 2022 et 2024. Le "bouclier tarifaire" sur l'énergie, qui a limité les hausses du prix de l'électricité et du gaz pour les particuliers, est estimé avoir coûté environ 45 milliards d'euros à l'État sur la période 2022-2024. La "remise carburant" a représenté une dépense supplémentaire de 7,2 milliards d'euros.
Ces politiques ont indéniablement contribué à amortir le choc inflationniste pour les ménages, mais elles ont également pesé sur le déficit public, qui a atteint 5,5 % du PIB en 2024 — loin des critères du Pacte de stabilité européen (3 %). La réduction de ces aides, progressive depuis 2024, a d'ailleurs mécaniquement contribué à maintenir l'inflation à un niveau élevé dans le secteur de l'énergie en 2024.
Perspectives pour 2025-2026
Les prévisionnistes de l'OCDE et du FMI s'accordent sur une poursuite de la désinflation en France au second semestre 2025 et en 2026, avec un taux annuel moyen attendu autour de 2,2 % pour 2025 et 1,9 % pour 2026. Ces projections supposent que les prix de l'énergie sur les marchés internationaux resteront stables, que les négociations salariales n'alimenteront pas de boucle prix-salaires et que les conditions météorologiques n'affecteront pas significativement les récoltes agricoles.
Le principal facteur de risque haussier identifié par les économistes réside dans l'évolution des tensions géopolitiques, qui pourraient provoquer de nouvelles perturbations sur les marchés de l'énergie et des matières premières agricoles. Par ailleurs, la faiblesse persistante de l'euro face au dollar — autour de 1,05 depuis début 2025 — renchérit mécaniquement le coût des importations libellées en dollars.
Sources et références
- INSEE — Indice des prix à la consommation, juin 2025 (données provisoires)
- Institut des politiques publiques (IPP) — "Inflation et inégalités en France 2022-2025", avril 2025
- OFCE — Prévisions pour l'économie française, printemps 2025
- Banque de France — Bulletin de la Banque de France N° 249
- OCDE — Perspectives économiques, édition juin 2025