La France occupe une position paradoxale dans le paysage énergétique européen. Puissance nucléaire historique, elle produit l'un des mix électriques les plus décarbonés du continent. Pourtant, ses performances en matière d'énergies renouvelables la placent dans le bas du classement européen : 24 % de la consommation finale d'énergie couverte par les renouvelables en 2024, contre 29 % en Allemagne et 43 % en Espagne.

Le Plan national Énergie-Climat (PNEC) révisé en 2024 fixe un objectif de 40 % de renouvelables dans la consommation finale d'ici 2030. Pour y parvenir, la France devrait plus que tripler sa capacité éolienne installée (de 22 GW à 75 GW) et quintupler sa capacité solaire (de 20 GW à 100 GW). Un défi industriel considérable.

Les freins administratifs : un chantier en cours

L'un des obstacles les plus souvent cités par les professionnels du secteur concerne la durée des procédures d'autorisation. En France, il faut en moyenne 7 à 9 ans entre le dépôt d'un projet éolien terrestre et sa mise en service. En Allemagne, ce délai est de 3 à 5 ans ; en Suède, il descend à 2 à 3 ans.

La loi d'accélération des énergies renouvelables de 2023 a introduit plusieurs mesures pour réduire ces délais : création de zones d'accélération, simplification des recours juridiques, présomption d'intérêt public majeur. Les premiers résultats sont encourageants, mais les effets concrets sur le rythme de déploiement ne se feront pleinement sentir qu'à partir de 2026–2027.

"Les simplifications administratives sont nécessaires, mais insuffisantes. Il faut aussi reconstruire une filière industrielle nationale capable de produire les équipements nécessaires. Aujourd'hui, 70 % des panneaux solaires installés en France viennent d'Asie."
— Directeur général d'un groupement de professionnels des énergies renouvelables

Nucléaire et renouvelables : complémentarité ou concurrence ?

La France a longtemps présenté son parc nucléaire comme son atout majeur dans la décarbonation de son économie. La politique de construction de six nouveaux réacteurs EPR2 annoncée par le Président de la République en 2022 repose sur cette conviction.

Le coût du programme EPR2 est désormais estimé entre 50 et 67 milliards d'euros pour les six premiers réacteurs, selon la Cour des comptes. La mise en service du premier est prévue pour 2035 au plus tôt. Or, les objectifs climatiques de 2030 ne peuvent pas attendre cette échéance : les renouvelables sont donc indispensables dans l'intervalle.

Le mix électrique français en 2024

  • Nucléaire : 67,3 % de la production électrique
  • Hydraulique : 11,8 %
  • Éolien : 10,2 %
  • Solaire photovoltaïque : 6,4 %
  • Gaz naturel et autres thermiques : 4,3 %

Source : RTE — Bilan électrique 2024

Les enjeux industriels de la filière

La France a perdu une grande partie de sa filière de fabrication d'équipements renouvelables au cours des années 2010. La concurrence des fabricants asiatiques, notamment chinois, a conduit à la fermeture de nombreux sites de production de panneaux photovoltaïques et de composants éoliens.

Le plan France 2030 tente de reconstituer ces capacités industrielles avec un investissement de 5,6 milliards d'euros dans les "gigafactories" de batteries, de panneaux solaires et d'éoliennes. Les premiers résultats sont visibles : plusieurs projets d'usines ont été annoncés dans les régions Hauts-de-France, Grand Est et Normandie.

L'offshore, un levier encore sous-exploité

Avec 5 600 km de côtes, la France possède l'un des plus grands potentiels européens pour l'éolien offshore. Pourtant, au 1er juillet 2025, seulement trois parcs commerciaux sont en service : Saint-Nazaire, Fécamp et Courseulles-sur-Mer, pour une capacité cumulée de 1,8 GW — loin des 18 GW prévus pour 2035.

Les retards accumulés tiennent à une combinaison de facteurs : contentieux juridiques portés par des associations d'usagers de la mer et des riverains, difficultés industrielles dans la construction des fondations offshore, et complexité des procédures d'obtention des concessions maritime.

Vers un système électrique plus flexible

Le développement massif des renouvelables pose la question fondamentale de la flexibilité du réseau électrique. Les énergies éolienne et solaire sont intermittentes : elles produisent selon les conditions météorologiques, pas nécessairement selon les besoins de consommation.

RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité, investit massivement dans le renforcement des interconnexions avec les pays voisins et dans le développement du stockage par batteries à grande échelle. Le gestionnaire prévoit également de développer l'effacement de consommation industrielle et les véhicules électriques comme capacité de stockage distribuée.